Larmes de crocodile : un produit insolite

Nous avons une affection très particulière pour les larmes de crocodile. Ce produit insolite correspond à la genèse de notre amitié indéfectible et au début de nos aventures extraordinaires. Il s’agit, en effet de la toute première découverte que nous avons faite ensemble lors de notre rencontre à la recherche de la source du Nil en 1987. Nous en avons rapporté un cadeau original.

Lundi 22 juin 1987

12h30– Nous sommes actuellement à bord d’un Sandal, une petite embarcation typiquement égyptienne utilisée autrefois pour le transport de pierres, reconvertie aujourd’hui en “bateau de transport pour explorateurs”  par notre nouvel ami Mohamed Kazouz. Nous avons rencontré ce marin, certes un peu bourru mais diablement compétent, de l’autre côté du Nil lors de notre retour de la vallée des rois. Nous cherchions un moyen de traverser le fleuve en évitant les traditionnelles navettes bourrées de touristes. Lorsque  Mohamed  comprit que nous étions des explorateurs et non pas de ces touristes qu’il détestait, il nous a proposé ses services moyennant une somme tout à fait symbolique (selon lui). Avant d’embarquer, il nous a aspergé d’un curieux liquide assez nauséabond mais très rafraîchissant; une coutume locale je suppose.11535863_685491688250799_6438299933734295553_n

 

14h00– Quel étonnant personnage ce Mohamed ! C’est un marin hors pair, et de surcroît, un conteur intarissable d’histoires et de légendes sur le Nil. Il connaît son fleuve par coeur depuis Ramses jusqu’à Nasser ! Du coup, nous avons décidé de ne pas traverser tout de suite, mais de nous laisser porter un peu plus en aval par les courants du fleuve. Lorsque les grondements de l’estomac d’Arthur ont interrompu un de ses récits, notre capitaine nous a proposé de nous préparer un repas “tiré du Nil”. Au menu : poisson grillé et pois chiches. Je crois qu’il nous a pris en affection.
16h30– Je dois admettre que notre capitaine est plein de surprises. Après cet excellent repas, il nous a parlé un peu plus de lui. Nous avons appris avec stupeur qu’il a vécu un drame effroyable. Il a perdu sa femme, ses parents et ses 8 enfants lors d’un  naufrage la semaine dernière ! Quel homme courageux ! Chose curieuse, il n’avait aucun chagrin, aucune tristesse, rien ne laissait transparaître cet évènement affreux qu’il avait enduré.
Plus tard, nous avons appris le comble de l’horrible : toute sa famille a été anéantie dans une attaque de crocodiles après le naufrage de l’embarcation ! Par respect pour l’homme, nous avons décidé de ne plus aborder ce sujet, nous n’avons rien dit non plus quand Arthur a cru voir  des crocodiles tapis dans les roseaux .10955127_685491634917471_1478854044618604130_n

 

19h23– Mohamed nous a proposé de camper le long du fleuve, il était trop dangereux de continuer la navigation de nuit. Après avoir monté le bivouac et pris le dîner (poisson et pois chiches), Mohamed s’est endormi sans préavis, en lâchant juste un “ bonne nuit mes amis, à demain, inch allah” nous laissant plantés là, à coté du feu de camp.

Arthur et moi, sommes encore restés un bon bout de temps à nous interroger sur cette incroyable histoire de crocodiles.

Mardi 23 juin 1987

6h00–  Quelle nuit ! Peu de temps après nous être endormis, nous avons été réveillés par plusieurs coups de feu. Quand nous nous sommes tournés vers la couche de Mohamed, il avait disparu!

Nous nous sommes immédiatement armés de bâtons et de pierres et avons suivi les traces qui partaient à travers les roseaux en direction du fleuve. A mi-chemin nous sommes tombés sur Mohamed, totalement trempé et couvert d’un liquide visqueux, qui portait sur ses épaules, une outre pleine à ras-bord d’un liquide indéfinissable.

Il arborait un large sourire, faisant luire ses dents blanches dans l’obscurité de la nuit. Il était hilare, euphorique, comme en transe, il ne cessait de répéter : “Timseh, Timseh ! “ Avant même que nous ayons eu le temps de le questionner, il nous prit par les bras et nous ramena vers le bivouac.

Arrivé au campement, il posa délicatement son outre et  ranima le feu. C’est là, qu’il nous a parlé de son escapade au bord du fleuve et du précieux contenu de son outre.bateau-splendeur-des-pharaons_275577_pgbighd

15h00– Nous sommes de retour sur le bateau, je continue à retranscrire nos péripéties de la journée.

Nous connaissons à présent le contenu de cette fameuse outre, vu qu’elle est maintenant en notre possession. Des larmes de crocodiles, elle contient des larmes de crocodiles !

Mohamed nous a expliqué, que depuis la nuit des temps, les descendants des prêtres du culte du dieu Sobek (dont Mohamed fait partie), connaissent les vertus des larmes de crocodiles. En effet depuis toujours, les prêtres utilisent ce liquide pour détecter les hypocrites qui tenteraient de s’introduire dans les temples. Cela pourrait expliquer pourquoi Mohamed nous a aspergés lors de notre rencontre.

Toujours d’après la légende, les larmes guérissent aussi la tristesse car elles sont imprégnées du fluide du tout puissant Sobek, le dieu crocodile qui a banni la tristesse de l’Egypte. Je comprends maintenant pourquoi notre guide a toujours le sourire aux lèvres et a très vite surmonté le massacre de sa famille.

Lorsque j’ai demandé à Mohamed comment il s’était procuré ces larmes, il s’est simplement contenté de rire à gorge déployée en disant “ Tu n’aimerais pas le savoir mon frère !”

18h00– Nous avons accosté a Assiout, pour prendre la correspondance pour Le Caire. Nous avons fait nos adieux à Mohamed qui nous a offert sa précieuse outre, nous disant de bien en profiter et qu’il nous en fournirait autant que nous le désirions. C’est vraiment un chic type ce Mohamed !

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il me faut des larmes de crocodile !

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