La poudre d’escampette du pays Massai

Quand nous avons reçu la lettre du professeur Georges Irongate, le célèbre paléo-ethnologue, ce mercredi dernier, notre sang d’explorateurs n’a fait qu’un tour ! Arthur est entré dans mon bureau comme une furie en m’annonçant que nous devions faire nos bagages, que nous étions attendu au pays Massaï afin de seconder le professeur lors de ses fouilles, et qu’il avait trouvé le chaînon manquant dans l’évolution de l’être humain et un objet insolite en prime ! nous ne savions pas encore que nous allions prendre la poudre d’escampette !

Vendredi 19 novembre 2004

11h20– Nous sommes dans l’avion qui doit nous emmener à l’aéroport de Nairobi, les 8 heures d’avion commencent à faire leur effets. Pourquoi diable Arthur refuse t-il d’utiliser les pastilles de téléportation ? Je viens de terminer le livre de Darwin sur la théorie de l’évolution de l’espèce humaine, je n’arrive toujours pas à croire que nous allons bientôt pouvoir mettre une image sur ce fameux chaînon manquant, si toutefois il existe ! Arthur est profondément assoupi à côté de moi, il tient encore dans ses mains la brochure du Fairview hôtel où nous allons descendre et où le professeur doit nous attendre.Vue-du-kilimandjaro

15h10 Nous venons de nous installer dans notre chambre, Arthur était encore en train de dormir, (il ne supporte décidément pas le décalage horaire), quand le professeur est venu nous rejoindre. Après les salutations d’usage et un grand verre d’eau fraîche, le professeur nous a expliqué qu’il viendrait nous chercher ce soir en jeep pour éviter la chaleur étouffante. Nous nous rendrons à l’endroit où il a fait sa découverte, au pied du Kilimandjaro, tout près d’un petit village Massaï encore préservé des hordes de touristes.
22h20-A l’heure où je rédige ces quelques notes, je suis encore ankylosé par les 5h de pistes défoncées que nous avons empruntées à bord de notre vieille jeep sans climatisation. Le professeur nous avait bien caché cet aspect de notre expédition ! Nous sommes à présent arrivés sains et saufs dans le village fait de petites maison circulaires construites en bouse de vache. Le village quant à lui, est entouré par une clôture formée de branches épineuses, très utile pour protéger le village des attaques de lions. Le professeur s’est absenté pour présenter ses respects au chef du village. Nous ferons de même demain matin, après une bonne nuit de sommeil.maasai1

Samedi 20 novembre 2004

8h00– Comme je le craignais, la nuit a été tout sauf reposante ! Entre l’odeur de la bouse de nos cloisons, les ronflements d’Arthur et les bruits inquiétants d’animaux sauvages, je n’ai pas fermé l’oeil de la nuit. Mais il faut nous préparer à rencontrer le chef du village, nous avons fait un brin de toilette et vêtu les seuls habits propres qu’il nous restait. Le professeur est venu nous chercher en nous expliquant le rituel très codé de salutations du chef du village. J’espère qu’ Arthur et sa légendaire maladresse ne vont pas encore faire des siennes !

11h00-Tout s’est très bien passé ! Nous avons étés présentés au chef Escampette. Assis au pied de l’arbre à palabres, nous avons étés acceptés en tant que visiteurs du village. Eskampété est un chef très sage, je suppose qu’il doit avoir dans les 60 ans. Il a 8 épouses et 25 enfants, tous de fiers guerriers Massais. Il semble bien apprécier le professeur, il lui a promis de mettre à sa disposition toute la main d’oeuvre nécessaire pour terminer ses fouilles. Mais, au grand désespoir du professeur, avant de nous mettre en route, nous devons assister au rituel de passage d’homme de Kintangé, le plus jeune fils du chef, qui maintenant, est en âge de devenir un guerrier.

15h00– Étrange rituel ! Le professeur nous a expliqué que pour passer de l’enfance à l’âge d’adulte, les jeunes Massais doivent se présenter devant un lion, s’en approcher le plus possible, et lui apposer une tache rouge faite de sang de boeuf sur le front. Le tout sans aucune arme, ni couteau, ni sagaie, ni même le moindre bout de bois. C’est ainsi que les jeunes prouvent leur courage et démontrent qu’ils sont à présent des guerriers. Je n’arrive pas à m’imaginer comment un jeune de 12 ans puisse affronter un lion, et s’en tirer sans égratignures. Nous sommes néanmoins curieux d’assister à ce rituel de passage.

21h00– Incroyable ! si nous n’avions pas vu ça de nos propres yeux, nous ne l’aurions pas cru. Ce à quoi nous venons d’assister dépasse l’entendement. Comme convenu, nous avons suivi Kintangé, le jeune fils du chef lors de son initiation. Nous l’avons suivi à distance respectable dans la savane, jusqu’au lieu que les Massais nomment Kawongabo, un point d’eau où les lions ont l’habitude de se désaltérer. Une fois sur place, le jeune homme uniquement vêtu d’un pagne en peau de zébu, s’est planté droit comme un I, totalement immobile, attendant patiemment l’arrivée du roi des animaux.lion-gazelle-425_10100_charging_lion_kenya
Après une bonne heure d’attente sous un soleil de plomb, nous apercevons enfin un énorme lion, un vieux mâle, s’approcher lentement de l’enfant, toujours immobile. Lorsque le fauve s’est trouvé à une bonne centaine de mètres de l’enfant, Kitangé sortit un petit tube en bambou de son pagne, en sortit une poignée de poudre qu’il soupoudra sur ses pieds. Puis il se mit à courir, telle une fusée, droit vers le lion. Sa course effrénée faisait voler la poussière du sol, à tel point que nous n’avons plus rien vu du tout ! Arthur et moi étions prêts à intervenir, quand la poussière se dissipa. Il n’y avait plus que le lion, seul, avec une tache rouge sur le front ! Kitangé avait disparu. En fait, il était juste derrière nous, hilare, nous faisant signe de le suivre au village.
Arrivés devant notre case, le vieux chef nous attendait, visiblement très fier de son fils. Il a bien vu notre étonnement et notre perplexité, nous voulions des explications sur ce prodige, mais au lieu d’une réponse, il nous a simplement dit que nous devions aller nous reposer. Il nous expliquera tout demain matin.

Dimanche 21 novembre 2004

12h00– Après un petit déjeuner à base de manioc et de sang de boeuf, nous nous sommes empressés de rejoindre le chef sous l’arbre à palabres. Il nous y attendait en compagnie du professeur et de Kitangé.
A peine assis, nous lui avons posé 100 questions qui nous taraudaient depuis hier. Il nous a coupé net dans notre élan par un grand rire. Puis il a ajouté :” Mon fils a réussi son initiation, je savais qu’il allait réussir, tous nos enfants réussissent, c’est couru d’avance. Nous ne sommes pas assez fous pour laisser nos jeunes sans défense devant un lion. Vous avez sans doute remarqué la poudre que mon fils a mis sur ses pieds ? C’est une poudre magique que nous nous transmettons depuis des générations, elle permet à celui qui l’utilise de courir plus vite que le guépard, c’est un cadeau de nos aïeuls. Sa composition est tenue secrète depuis la nuit des temps. Nous lui avons donné le nom de poudre d’escampette ”
Je comprends maintenant pourquoi les athlètes Kenyans sont de si redoutables coureurs.
Le professeur prit ensuite la parole en nous disant qu’il avait parlé de nous et de nos aventures au chef, qu’il était très impressionné par nos aventures et qu’à ce titre, le chef acceptait de nous donner un échantillon de la poudre. C’est avec un grand respect et une grande gratitude que nous avons pris la poudre d’ Escampette.

Dark-skinned sprinter in start position prepares for the start

Le professeur, ayant bien vu notre impatience, a bien compris que nous n’allions pas rester ici, et qu’il nous tardait de ramener cette poudre dans nos labos, tant pis pour le chaînon manquant

Mardi 23 novembre 2004

14h00 Après une nuit de travail, nos chimistes ont réussi à reproduire la poudre d’escampette ! Arthur a décidé de s’inscrire au Marathon de New York pour essayer la poudre.

“Journal d’expédition poudre d’escampette”

il me faut de la poudre d'escampette !

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