Cailloux du petit Poucet, un vrai conte !

Le petit Poucet et Paris, à priori aucun rapport. Mais notre aventure qui s’est déroulée dans les vieux quartiers médiévaux de Paris vous démontrera le contraire. En effet, partis pour faire du tourisme, nous sommes revenus avec un cadeau insolite : les vrais cailloux du petit Poucet, celui du conte de Charles Perrault !

Samedi 3 Novembre 1990

15h10– Nous nous sommes installés à la terrasse d’un petit bistrot dans la rue Etienne Marcel, au n°20, plus précisément. En face, se situe la tour “Jean sans peur”, un vieux donjon en parfait état datant de 1409. Nous décidons de terminer notre sandwich jambon beurre et d’aller y jeter un coup d’oeil. Le serveur nous a informé que le donjon héberge les plus vieilles latrines de Paris ! Il n’en faut pas plus pour éveiller notre curiosité. Cela vaut bien les 5 € d’entrée.Tour_Jean-sans-Peur.Cave

19h– Décidément, rien ne se passe jamais comme prévu ! Nous pensions visiter tranquillement un des plus vieux monuments de Paris, et nous nous retrouvons avec une citation à comparaître, inculpés de destruction de monument historique ! Pour préparer notre défense, je note scrupuleusement tout ce qu’il s’est passé cet après-midi.

Après nous être acquittés des 5 € d’entrée, nous avons demandé à quel étage se situent ces fameuses latrines médiévales. La petite jeune fille au guichet nous a indiqué qu’elles se trouvaient entre le 3ème et le 4ème étage, juste en face de la salle de garde. Elle s’est aussi excusée pour la panne générale d’électricité qui durait depuis ce matin en nous tendant deux lampes torche, qui d’après leur état, devaient être aussi vieilles que le donjon lui-même.
Nous avons donc entamé l’ascension du vieil escalier en pierre de taille qui menait au sommet de la tour.
Nous avons tout de suite ressenti comme une impression d’étrange. En effet, à peine avions nous franchi la première marche, que la lampe de Samson a rendu l’âme ! Et encore plus curieux, nous étions les seuls visiteurs !
Peu importe, nous avons continué a monter. Soudainement, à la hauteur de la 13ème marche nous avons entendu un craquement, nous stoppons net, en examinant le sol, nous remarquons une large fissure sur la marche de l’escalier sur laquelle nous nous trouvions. Samson eut juste le temps de dire :” Arthur, je crois que…” lorsque la pierre céda sous notre poids.
Samson et moi chutons dans un vieux tunnel dissimulé sous l’escalier. Nous dévalons un couloir. Au bout de celui-ci se trouvait une grande porte par chance fortement vermoulue que nous avons traversé avec fracas, entraînés par la vitesse vertigineuse de notre dégringolade.

Les notes qui vont suivre, ne seront pas évoquées au procès

Une fois la porte traversée et après avoir repris nos esprits, nous nous sommes retrouvés dans ce qui semblaient être les ruines d’une vieille boutique d’antiquaire. Au dessus du seuil, nous pouvions lire : “ La Boutique des contes Perrault ”. Une fois à l’intérieur, nous avons découvert avec étonnement ce qui pourrait ressembler à une ancienne librairie.poucet
Sans perdre une seconde, nous avons commencé l’exploration de la pièce à la lueur de mon briquet Zippo.
Le sol était jonché de vieux livres et parchemins entre lesquels se faufilait une quantité impressionnante de rats. Le long des murs décrépis, il y avait des étagères remplies de vieux livres couverts par des années de poussière et de toiles d’araignées centenaires.
Dans un coin de la pièce, nous avons vu un grand fauteuil à côté d’une cheminée qui n’avait pas vu de feu depuis quelques centaines d’années. Sur une autre étagère étaient alignés plusieurs petits coffrets, tous vides malheureusement.
Nous avons méticuleusement fouillé chaque recoin de la pièce. En regardant les livres (ou ce qu’il en reste) d’un peu plus près, je me suis aperçu qu’ils étaient tous signés Charles Perrault. C’ étaient toutes des éditions originales, malheureusement pour nous, inutilisables. En effet, il était impossible de les prendre en main : Les manuscrits tombaient en poussière à la moindre manipulation.
Au centre de la pièce, trônait un vieil écritoire recouvert d’un drap que j’ai soulevé délicatement. Le drap recouvrait une plaque en marbre sur laquelle était gravé “ Ici a vécu et est mort Charles Perrault, ici sont nés ses contes, ici il festoyait avec ses amis les frères Grimm”.
Voilà une découverte peu banale, nous avons trouvé l’antre de Charles Perrault, c’est ici que sont nés tous ses merveilleux contes.
Samson, comme d’habitude n’y prêta pas attention. Il était affairé à desceller une lourde pierre du mur en disant qu’il avait vu quelque chose là-derrière. Une fois la pierre enlevée, il y engouffra sa main, et en retira un coffre bien plus grand que ceux alignés sur les étagères.

Ce coffre contenait plusieurs bourses en cuir. Sur chaque bourse figurait le titre d’un conte : Barbe bleue, la belle au bois dormant, le chat botté, Peau d’âne, le petit chaperon rouge. Nous avons ouvert les bourses les unes après les autres. Mais elles étaient aussi vides les unes que les autres.
Tout au fond du coffre, nous avons découvert une dernière bourse que nous n’avions pas vue au premier coup d’oeil. Sur celle-ci était inscrit : Le petit Poucet. Elle était plus lourde que les autres, et pour cause !perrault
Nous avons défait le lacet en cuir qui la fermait. Elle contenait des petits cailloux, des cailloux blancs ! Je questionnais Samson :“Tu crois que c’est ce que je crois ?” Les cailloux du petit Poucet !” me répond- il avec un sourire d’enfant et sa fierté d’adulte. “Ce sont les authentiques cailloux ! Ceux du conte, ceux grâce à qui, le petit Poucet a réussi à ne pas se perdre dans la forêt” continua t- il.
Nous avons décidé de les emporter, juste à temps car mon zippo avait rendu l’âme.
Nous étions sur le point de nous partager les cailloux du petit Poucet dans le noir absolu, quand nous avons ressenti une grande secousse, le sol s’est soudainement mis à trembler, les murs à se fissurer.
Les bourses que nous avons ouvertes tout à l’heure sont parties en fumée les unes après les autres! Il nous fallait sortir d’ici au plus vite.
Nous nous sommes frayés un chemin dans l’obscurité parmi les éboulis, les murs et les poutres s’écroulaient derrière notre passage.
Nous avons trouvé la sortie in extremis. Une fois à l’extérieur, nous pensions quitter discrètement l’endroit du sinistre pour reprendre notre souffle sur un banc, lorsqu’une brigade entière de gendarmes mit le grappin sur nous. En fait, c’est sur la banquette d’un panier à salade que nous nous sommes reposés.
Samson tient toujours dans sa main la dernière bourse que nous avons pu sauver. L’ avenir nous confirmera que nous avons bien fait de sauver ces cailloux du petit Poucet, ils allaient nous sortir plus d’une fois de bien des mauvais pas !

il me faut des cailloux du petit Poucet !

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *